Avant même de débattre de l’avenir du mouvement LGBTQ+, il faut revenir à une distinction fondamentale qui semble parfois oubliée.
Être gai, lesbienne ou bisexuel n’est pas la même chose qu’être transgenre.
L’homosexualité et la bisexualité sont des orientations sexuelles. Elles répondent à une question simple : qui aimons-nous? Qui nous attire?
L’identité de genre répond à une toute autre question : qui sommes-nous?
Ces deux réalités peuvent coexister, mais elles ne sont pas identiques.
Pendant des décennies, le mouvement LGB s’est battu pour faire reconnaître une idée relativement simple : une personne ne devrait jamais être discriminée en raison de son orientation sexuelle. Le combat consistait à faire accepter qu’un homme puisse aimer un homme, qu’une femme puisse aimer une femme, ou qu’une personne puisse être attirée par les deux sexes.
Ce combat a connu d’immenses avancées.
Aujourd’hui, dans la plupart des sociétés occidentales, une majorité de citoyens acceptent les homosexuels et les lesbiennes. Le mariage est reconnu. Les protections légales existent. Bien sûr, l’homophobie n’a pas disparu, mais les mentalités ont énormément évolué.
Puis le mouvement s’est élargi.
Le T s’est ajouté.
Puis le Q.
Puis le I.
Puis le A.
Puis le +.
Et la liste continue de s’allonger.
La question que plusieurs se posent aujourd’hui n’est pas de savoir si ces réalités existent ou si ces personnes méritent le respect. La réponse devrait être oui.
La véritable question est plutôt celle-ci :
Est-ce que le fait de regrouper sous une même bannière des réalités très différentes aide encore la cause?
Lorsqu’une personne entendait parler de la cause LGB il y a 25 ans, elle pensait généralement à l’orientation sexuelle.
Aujourd’hui, lorsqu’une personne entend parler de la communauté LGBTQ+, elle pense souvent aux débats sur l’identité de genre, aux pronoms, aux athlètes trans, aux toilettes, aux drag queens ou à d’autres sujets qui n’ont pourtant aucun lien direct avec l’orientation sexuelle.
Le résultat ?
Plusieurs citoyens qui étaient devenus favorables aux droits des homosexuels se retrouvent aujourd’hui en désaccord avec certains nouveaux débats et associent ensuite l’ensemble du mouvement à ces controverses.
C’est là que la question mérite d’être posée.
Les homosexuels, les lesbiennes et les bisexuels ont-ils perdu une partie de leur visibilité à l’intérieur d’un mouvement devenu extrêmement vaste?
À force d’ajouter de nouvelles causes sous une même bannière, avons-nous fini par diluer le message initial?
On peut défendre les droits des personnes trans tout en reconnaissant que leurs enjeux sont différents de ceux des personnes homosexuelles.
On peut respecter les personnes non binaires tout en reconnaissant que leur réalité est différente de celle d’un homme gai ou d’une femme lesbienne.
On peut soutenir le droit de chacun à vivre librement tout en se demandant si toutes ces causes doivent nécessairement être regroupées sous un même acronyme.
Peut-être qu’en voulant représenter tout le monde, le mouvement est devenu si vaste qu’une partie du public ne sait plus exactement ce qu’il représente.
Et peut-être qu’il est temps de se poser une question qui ne devrait pas être taboue :
La meilleure façon de faire avancer les droits de tous est-elle vraiment de tout regrouper ensemble, ou certaines causes seraient-elles mieux servies en retrouvant leur propre voix?
Poser cette question n’est pas un rejet des autres.
C’est simplement reconnaître qu’une orientation sexuelle et une identité de genre ne sont pas la même chose.
Et qu’il est parfois nécessaire de distinguer des réalités différentes pour mieux les comprendre.
Francis Paré

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