jeudi 23 avril 2026

LE SLAM, CE TOMBEAU INJECTÉ

Je publie ici deux textes d'Erik Remes, figure incontestable de la communauté, parfois très contesté, mais très souvent d'une grande justesse dérangeante. Ce discours dérangeant, parfois violent, ne laisse personne indifférent, et oblige certains coincés du c...u...l... à se poser enfin les bonnes questions, du moins, à se rendre compte que LEUR vérité n'est pas LA vérité absolue. En clair les mecs placards-moralisateurs-frustrés-honteuses se prendront les textes d'Erik comme de grandes baffes de réalisme qu'ils sont parfaitement incapable d'intégrer...



1ère partie

La perche du slam est si haute qu’elle vous arrache du réel et de la vie. Après, le retour à la normale ressemble à une légende urbaine. On croit monter au ciel. En vérité, on traverse juste le miroir et, de l’autre côté, il n’y a pas Alice. Il y a la seringue, le mensonge, la désinsertion, la solitude en kit, et le cerveau qui ne sait plus redescendre.

Je le dis sans jouer les rombières morales ni les faux saints de la réduction des risques. Apprendre à quelqu’un à se piquer pour qu’il se bousille un peu plus proprement, très bien, c’est utile. Mais prévenir avant la chute, c’est encore mieux. Dire clairement: n’y touchez jamais. Jamais. Parce qu’avec le slam, le premier shoot est souvent déjà un piège. Le reste, c’est de la littérature toxique vendue comme une mode, une extase, une initiation. Du marketing de l’abîme.

J’ai parlé à des potes des dégâts, de la dépendance, de la casse psychique, du déclassement social, du grand dévissage intérieur. Beaucoup y sont allés quand même. Attirés par la perche incommensurable. Par l’effet de mode. Par ce vieux fantasme humain: se croire plus fort que le monstre au moment même où on lui tend le bras.

Alors oui, je pose une ligne rouge. Un interdit moral. Vital. Intime. Une loi de survie gravée dans ma viande: ne jamais commencer. C’est la seule vraie solution. Parce qu’une fois qu’on a ouvert cette porte, ce n’est pas une porte. C’est une trappe.

Et oui, c’est moi qui dis ça. Moi, la reine des abeilles du bareback, la vieille salope lucide qui en a vu d’autres. Justement. Il y a des gouffres qu’on ne visite pas. On les laisse crever de faim sans nous.

2ème partie en réponse à un moralisateur frustré...

Certaines personnes comme Dominique Ganaye-Lehmann, m’accusent d’inciter à la pratique du slam avec mon précédent post. Alors quoi? On apprend aux mecs à se piquer au nom de la réduction des risques, mais on n’aurait pas le droit de dire clairement que le slam peut détruire une vie, de peur de “titiller l’inconscient” ? Mon cul.

Tu parles d’incitation ? Donc il faudrait se taire, comme le font trop souvent l’État, certains organismes de santé et pas mal d’associations de prévention, de peur d’attirer quelques oies blanches ? Il faudrait cacher la vérité, l’édulcorer, la maquiller, pour ne pas risquer de provoquer des vocations ? Tu réalises ce que tu dis ?

À ce compte-là, on ne dit plus rien sur rien. On se tait. On détourne les yeux. On laisse faire. C’est exactement comme ça que les catastrophes prospèrent: dans le silence, dans la pudeur de pacotille, dans la lâcheté rhabillée en prudence.

Non. Dire la vérité n’a jamais été du prosélytisme. Le prosélytisme, c’est vendre du rêve toxique. Moi, je parle de dégâts, de casse, de vies fracassées.

Et ce discours-là, je l’ai déjà trop entendu à l’époque de Serial Fucker, dès qu’il s’agissait de pratiques à risque chez les gays: surtout ne rien dire trop fort, surtout ne pas nommer, surtout ne pas déranger. Résultat ? On a laissé le déni faire son boulot de fossoyeur.

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