On a vu Bad Bunny livrer un spectacle de mi-temps si évidemment américain qu’il fallait une ignorance surnaturelle pour ne pas le reconnaître.
Autrement dit, c’était voué à passer complètement au-dessus de Donald Trump.
Tout était là pour déclencher son réflexe pavlovien de rejet :
de l’espagnol parlé sans permission,
des drapeaux non homologués par son imaginaire,
de la joie qui ne demandait pas l’approbation d’un homme dont la culture tient sur une casquette.
Des champs de canne à sucre sur un terrain de football californien.
Lady Gaga qui danse (un peu tout croche mais avec plaisir) la salsa.
Ricky Martin rappelant, sans un mot, que l’Amérique n’a jamais été ce que Trump croit qu’elle est.
Bad Bunny nomme les pays des Amériques un par un.
Pas pour provoquer.
Pour rappeler une réalité trop evidente pour un esprit obsédé par les frontières et les miroirs.
Les drapeaux défilent. Tous.
Et sur l’écran, une phrase que Trump est structurellement incapable de comprendre, non par désaccord, mais par indigence morale et ignorance:
la seule chose plus puissante que la haine, c’est l’amour.
La réaction présidentielle est immédiate, prévisible, rassurante dans sa médiocrité.
Il appelle ça dégoûtant.
Normal. Chez Trump, tout ce qui ne se domine pas, ne s’achète pas ou ne s’expulse pas déclenche le haut-le-cœur.
Un homme qui a passé sa vie à confondre bruit et pouvoir ne peut pas reconnaître une célébration.
Il y voit une attaque, parce que tout ce quil ne comprends pas le menace.
La culture l’humilie.
La complexité l’expose.
La coexistence le rend insignifiant.
Alors on lui sert son jouet préféré : Kid Rock dans une aréna universitaire.
Trois millions de spectateurs.
Le soi-disant All-American Halftime Show.
Une Amérique en plastique, pathetique Et vulgaire, mais rassurante, sans surprises, conçue pour ceux qui ont besoin que le monde reste simple parce qu’eux le sont aussi.
Trump préfère cette version.
Elle ne parle pas trop fort.
Elle ne parle pas trop large.
Et surtout, elle ne lui rappelle pas que l’Amérique réelle continue d’exister sans lui.
Bad Bunny n’a rien revendiqué.
Il n’a attaqué personne.
Il a fait pire : il a montré une Amérique vivante où Trump n’est ni central, ni nécessaire, ni même pertinent.
Plus de cent millions de personnes ont vu ça.
Et Trump, fidèle à lui-même, a prouvé qu’il peut regarder un continent entier célébrer la vie
et n’y voir qu’une offense personnelle à son ego sous-développé.
C’est pas de la force.
C’est pas du patriotisme.
C’est la panique nue d’un homme trop petit pour le monde qu’il prétend diriger
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